Logement social : l’enjeu n’est plus de construire, mais de livrer — et de libérer le cash.
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Logement social : l’enjeu n’est plus de construire, mais de livrer — et de libérer le cash.

15 février 2026~5 min de lectureAdmin TuniBusiness

Le 13 février 2026, le ministère de l’Équipement et de l’Habitat a remis la pression sur un point précis : accélérer la remise des logements sociaux déjà achevés, avec validation des listes et des prix. Le chiffre à retenir est concret : 4 708 logements et lots sociaux livrés sur la première phase. Derrière le communiqué, le “vrai sujet” est financier : chaque mois de retard transforme un actif terminé en capital immobilisé, en risque de dégradation, et en tension de trésorerie pour toute la chaîne BTP. Dans un environnement où le taux directeur est maintenu à 7% (11 février 2026) et l’inflation à 4,8% (janvier 2026), le coût du temps est redevenu un poste budgétaire.

Le programme spécifique de logements sociaux est, sur le papier, une architecture installée depuis plus d’une décennie, avec un cadre réglementaire et une unité de gestion. Le terrain, lui, est plus prosaïque : l’exécution ne bute pas uniquement sur les chantiers restants, mais sur la “dernière marche” administrative et opérationnelle.

Les listes définitives, les prix attribués à chaque bénéficiaire, la complétude des dossiers, la coordination inter-acteurs. C’est exactement ce que la réunion du 13 février a mis au centre : livrer vite ce qui est déjà prêt, avant d’ouvrir la deuxième phase annoncée pour 2026.

La facture cachée : le portage


Un logement social achevé mais non remis n’est pas un succès, c’est un stock. Il consomme des frais de gardiennage, d’entretien, parfois de remise en état. Il retarde la facturation finale, les quitus, et donc la conversion en encaissement pour les entreprises d’exécution et les fournisseurs.

Le problème est amplifié par une réalité macro simple : le coût du capital reste élevé. Le maintien du taux directeur à 7% le 11 février 2026 ancre des taux de financement qui ne pardonnent pas les délais, même quand l’inflation reflue à 4,8%.

Qui peut capter le levier, dès maintenant

La cible principale est la filière BTP formelle : entreprises de travaux, second œuvre, matériaux, transport, bureaux d’études. Pour elle, la livraison n’est pas un sujet social, c’est un sujet de cycle de trésorerie et de rotation de carnet.

La cible secondaire est bancaire et para-bancaire : plus la remise est rapide, plus l’actif devient finançable, assurable, et “bankable” dans des montages adaptés aux revenus des ménages, sans créer de surendettement invisible. Le signal politique est d’autant plus important que l’État annonce, dans le plan 2026–2030, un nouveau pipeline de logements sociaux d’environ 5 000 unités pour un coût estimé à 750 MD, avec une première tranche de 1 213 logements (212 MD) et une plateforme numérique d’inscription. La crédibilité de la prochaine vague dépend mécaniquement de la capacité à industrialiser la remise de la vague déjà construite.

Souveraineté d’exécution : transformer la remise en “process”

La solution la plus “business-first” n’est pas une annonce, c’est une standardisation. Une remise qui marche à l’échelle doit être pensée comme une chaîne, pas comme une suite de dossiers. Identifiant unique de dossier du bénéficiaire, signature et paiement tracés, calendrier de remise, et surtout un pilotage par délais plutôt que par intentions. Quand le ministère parle de coordination, l’arbitrage clé est là : chaque acteur a son rythme, mais l’économie a un coût du temps.

Ce travail n’est pas à inventer de zéro. Les documents de suivi du ministère montrent que le programme est, par nature, volumineux : une composante d’éradication des logements rudimentaires avec environ 10 189 logements prévus (coût annoncé 216 MD) et 7 026 réalisés à fin décembre 2023, et une composante de logements/lotissements sociaux avec 13 400 logements prévus pour 1 038 MD, avec un historique de “construits” et de “remis” suivi dans le temps. Le point dur n’est donc pas l’absence d’outil, mais l’industrialisation de la remise, gouvernorat par gouvernorat, y compris dans les régions intérieures où la friction administrative et logistique coûte plus cher.

L’opportunité, pour les décideurs privés, est claire : se positionner sur la capacité d’exécution, pas sur le bruit. Ceux qui sauront sécuriser des délais de livraison, maîtriser des coûts, et proposer des briques numériques simples (signature, traçabilité, dossier unifié) capteront la valeur de la phase 2, tout en réduisant le risque de portage sur la phase 1. Et pour l’économie tunisienne, le gain est souverain : faire tourner la filière locale, substituer l’import là où c’est possible dans les matériaux et équipements, et convertir plus vite un investissement public en actifs habités, productifs, et socialement stabilisateurs.

TB

Admin TuniBusiness

Rédaction & Analyse